21 janvier 2013

High Hopes (Mike Leigh, 1988)

highhopes3En 1988, High Hopes marque le retour du britannique Mike Leigh sur les écrans après dix-sept ans d’interruption forcée. Rappelons-le, l’industrie cinématographique anglaise est restée au point mort durant presque deux décennies ; les seuls films tournés en Grande-Bretagne entre le début des années 70 et la fin des années 80 se résument quasi intégralement à des productions hollywoodiennes.

De fait, même s’il est très actif à la BBC, c’est sur le tard que le monde découvre Mike Leigh, son ton satirique, ses personnages insupportables et son regard percutant sur la société britannique. High Hopes est le dernier volet d’une trilogie politique entamée à la télévision avec Meantime (1984) et Four Days in July (1985). Au cœur du problème, un gouvernement : celui de Margaret Thatcher.

À Londres, dans le quartier de King’s cross, Cyril (Philip Davis) et Shirley (Ruth Sheen) vivent dans un modeste appartement. Le dimanche, ils rendent visitent à la mère de Cyril (Edna Doré), seule rescapée d’un quartier autrefois populaire, désormais envahi par la petite bourgeoisie. La vie de famille n’est pas simple. En témoigne Valerie, la sœur de Cyril (Heather Tobias), une excentrique qui se donne des grands airs, rêve de luxe, et s’est mis en tête de préparer une grande fête pour les 70 ans de leur mère…

highhopes2High Hopes laisse entrevoir les grandes lignes du cinéma de Mike Leigh : un mélange subtil de comédie, de mélodrame et de personnages hauts en couleur au service d’une représentation sociale. On devine la bienveillance du cinéaste envers les modestes prolétaires dont les idéaux sont peu ou prou marxistes. Le héros, Cyril, refuse de faire un enfant à Shirley sous prétexte de surpopulation du pays et de misère assurée pour la descendance. La mère, une vieille dame à moitié sénile, est agressée en permanence par sa fille, ses voisins, les mouvances d’une société qui la dépasse. Ces problèmes sont grinçants et résonnent fatalement avec la réalité thatchérienne de l’époque. Mais Leigh n’est pas un fataliste. Il profite ainsi de son film pour se moquer avec beaucoup d’humour de la classe supérieure à travers le couple voisin de la mère, mais également avec le personnage vulgaire de Valerie qui souhaite par dessus tout intégrer le milieu bourgeois.  Cette superficialité ambiante est néanmoins dépeinte par Mike Leigh de façon trop caricaturale, si bien qu’on peine à croire à ces trois individus.

highhopes1Mais peu importe, le film atteint son but grâce aux trois autres personnages principaux. Cyril et Shirley d’une part, dont les échanges verbaux sont d’un naturel régénérant et témoignent d’une acuité brillante sur l’époque qui les concerne. Et puis le très beau personnage de la mère que Mike Leigh isole brutalement lors de la scène du déjeuner d’anniversaire, le temps d’un gros plan très éloquent, alors que hors champ les personnages se hurlent dessus en l’ignorant royalement. Elle devient un fantôme (un procédé que Mike Leigh reprendra quelques années plus tard pour le plan ultime de Another Year). On ressent alors la misère qui habite cette femme pour qui le monde est devenu complètement indéchiffrable. La fin du film, particulièrement gracieuse, sur les toits de Londres, offre une touche d’optimisme inattendue, prônant une fois de plus l’intégrité et la simplicité comme solution à l’incommunicabilité. 

Si High Hopes n’est pas le film le plus abouti de Mike Leigh, il reste très représentatif de son époque et annonce en filigrane quelques chefs d’œuvre à venir…

Posté par twain81 à 23:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur High Hopes (Mike Leigh, 1988)

Nouveau commentaire