La Lanterne

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13 juin 2008

Le Château ambulant (Hayao Miyazaki, 2004)

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Chaque film de Miyazaki est une effusion de couleurs, de références, de magie, de poésie, de subtilité, de rêve. Le maître de l’animation nippone ne se prive pas, il profite autant que possible des nouvelles technologies aptes à rendre ses films contemporains sans pour autant oublier de les nourrir de quelques valeurs universelles indispensables à tout dessin animé. Les réflexions de Miyazaki sont pourtant loin d’être naïves, nous avons bien affaire à un réalisateur qui propose un vrai point de vue.

Sophie a repris le magasin de chapeaux de son père et y mène une vie paisible, sans tristesse ni joie. Un jour, alors qu’elle se rend dans la boutique de sa sœur, elle croise le sorcier Hauru qui, malgré les terribles rumeurs qui courent à son égard, aidera la jeune fille à arriver à destination. Sophie tombe sous le charme. La sorcière des Landes, jalouse, ira à son encontre le soir même pour lui jeter un sort. La jeune femme se voit ainsi affublée d’une apparence de vieille dame. Sophie s’aventure dans les Landes à la recherche du château d’Hauru, espérant de tout cœur que le magicien puisse briser le sort qui pèse sur elle.

lechateauambulant02On peut très nettement diviser l’œuvre de Miyazaki en deux. Dans la première partie on retrouverait Kiki la petite sorcière, Porco Rosso et autres Totoros, soit des films qui prennent à parti un sujet simple et se contentent de palper l’essence poétique d’un sentiment (la culpabilité, le deuil, etc.). L’autre battant est plus spectaculaire et cinématographique en soi puisqu’il s’agit de fresques élaborées autour de scénarios riches en rebondissements et en références. Parmi elles se côtoient Nausicaa, Le Château dans le ciel ou encore Princesse Mononoke. Miyazaki est un auteur définitivement engagé, les films précédemment cités ayant d’ailleurs explicitement révélés ses aspérités écologiques. Le Château ambulant s’accorderait donc à la deuxième catégorie puisqu’il dispose d’un scénario extrêmement dense et prend pour sujet de fond une guerre meurtrière entre deux royaumes. Néanmoins, le propos est si simple lorsque Miyazaki se fond dans le quotidien de ses personnages qu’on serait tenté de rapprocher le film de Kiki et de Totoro. A croire que les deux battants d’une œuvre n’en forment ici plus qu’un. 

lechateauambulant03Si certains se saluent bien sagement dans des décors idylliques typés à l’alsacienne, il ne faut pas oublier que d’autres meurent en toile de fond. Le Zorro du jour s’appelle Hauru, un sorcier narcissique réputé cruel qui pourtant fait de son mieux pour satisfaire son entourage. Il en reste que malgré sa puissance, il manque de courage. Une lacune qui sera comblée lorsque Sophie entrera dans sa vie. Alors, Miyazaki laisse les devoirs d’Hauru en second plan pour se focaliser sur cette jeune fille devenue vieille dame. Le Château ambulant prend ici des allures de conte philosophique. L’héroïne est coincée dans le corps d’une vieille, condamnée à une apparence et une vie misérable. Parallèlement, son hôte ne croit qu’en la beauté. L’auteur s’attarde comme il se doit sur le niveau de sagesse de ses personnages, tous aptes à apprendre et à instruire, Mamie Sophie en tête.

lechateauambulant04Par ailleurs, la poésie Miyazakiesque atteint ici son paroxysme. Le Château ambulant épate et séduit ne serait-ce que par ses images féériques qui se mêlent à merveille à la musique flottante de Joe Hisaishi. Un monde comme seul le maître nippon est capable d’en créer. Et puis on se plaît à rentrer dans un quotidien simple, celui de Sophie qui fait le ménage dans un château. A cela s’ajoutent un parterre royal de personnages secondaires qui, de Calcifer à Marco, en passant par Navet et la sorcière des Landes, ne cessent d’émerveiller. Comme toujours chez Miyazaki, la déduction peine parfois à courir derrière les évènements, mais qu’importe ! Le Château ambulant est un dessin animé majestueux loin de n’être destiné qu’aux enfants. Un chef d’œuvre, encore un.

Posté par twain81 à 19:17 - MIYAZAKI Hayao - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


16 mars 2008

Le Voyage de Chihiro (Hayao Miyazaki, 2001)

levoyagedechihiro01En 2001, Le Voyage de Chihiro vient confirmer le talent du désormais incontournable Hayao Miyazaki. De Totoro en Kiki la petite sorcière, de Nausicaa en Mononoké, le maître excelle en matière de magie. L’atmosphère qui se dégage de ses films est unique, preuve évidente d’une belle signature d’auteur. Le dessin animé (ou manga), s’il s’adresse en priorité aux enfants (Miyazaki n’en dément pas), aborde également des thèmes extrêmement développés dans des branches plus « adultes », à savoir politiques, écologiques ou sociales. Il fallut pourtant des années au cinéaste pour se faire un nom au-delà des frontières japonaises. Aux Etats-Unis comme en France, on le découvrit avec Porco Rosso en 1995 alors que ses premiers chefs d’œuvres tels que Nausicaa ou Le Château dans le ciel datent du début des années 80 ! Depuis, on cherche à rattraper le temps perdu (et l’argent en ce qui concerne les distributeurs). C’est ainsi qu’on se retrouve encore dans les années 2000 à diffuser pour la première fois des films qui datent de plus de vingt ans. Heureusement, aujourd’hui chaque nouvel opus du maître est loin de passer inaperçu et se trouve distribué rapidement aux quatre coins du globe. Le Voyage de Chihiro fut ainsi accueilli comme un film-messie, remportant des prix ça et là, de l’ours d’or Berlinois à l’oscar du meilleur film d’animation à Hollywood. Autant dire que la réputation du metteur en scène n’est plus à faire.

Chihiro est triste. Elle a du quitter son école et ses amis pour partir habiter ailleurs avec ses parents. Sur le chemin qui les mène vers leur nouvelle maison, ils s’égarent au milieu d’une forêt. Intrigués par l’atmosphère des lieux, la famille sort du véhicule et poursuit à pied dans un tunnel qui aboutit à un parc d’attraction désaffecté. Envoutés par l’odeur des mets disposés à l’entrée d’un restaurant, les parents s’installent confortablement et commencent à s’empiffrer. Chihiro tente de les en dissuader puis renonce et part à la découverte des lieux. Alors que la nuit commence à tomber, elle rencontre Haku, un mystérieux jeune garçon qui la met en garde et l’encourage vivement à quitter cet endroit au plus vite. Elle rejoint alors ses parents qui entretemps ont été transformés en cochons. Terrifiée, Chihiro se retrouve en plein cœur d’une ville fantôme dans laquelle dieux et esprits viennent se délasser. Déterminée à sauver ses parents et épaulée secrètement par Haku, Chihiro décroche un emploi au palais des Bains dirigé par la sorcière Yubaba…

levoyagedechihiro02Comment être insensible à tant de poésie ? A l’évidence, Miyazaki est un auteur extrêmement cultivé et la structure de son film s’inspire grandement des contes de Lewis Carroll. Chihiro est une Alice japonaise perdue en plein rêve. Le monde des humains a disparu, désormais elle vivra parmi les esprits. En cela, les thermes de la cruelle Yubaba accueillent toute une galerie de dieux orientaux qui font bien évidemment référence à une mythologie propre au pays du soleil levant. La structure choisie (le conte), permet de multiplier les références religieuses à travers chaque péripétie. C’est ce qui fait peut-être du Voyage de Chihiro le film le plus exotique et le moins international de tout ce qu’a pu réaliser Miyazaki. En cela, le spectateur occidental ne peut qu’être émerveillé de tant d’innovations, autant par les choix de mise en scène que par le goût de l’inconnu tant l’atmosphère recèle de magie orientale, à mille lieux de ce que produit Hollywood en matière d’animation.

levoyagedechihiro03Miyazaki se permet néanmoins quelques dénonciations. Il en va ainsi du pouvoir de consommation comme de la folie de l’or, des thèmes propres à l’occident mais qui s’infiltrent de plus en plus en terre orientale. L’auteur et tout son studio de production (Ghibli), se veulent les fiers défenseurs d’une philosophie écologique héritière de traditions diverses, qu’elles soient shintoïstes ou bouddhistes. Le Voyage de Chihiro en est l’un des exemples les plus évidents, même s’il ne se penche pas sur des thèmes écologiques comme l’auront fait Nausicaa et Princesse Mononoke du même Miyazaki ou encore Pompoko de l’autre maître des studios, Isao Takahata. Le film représente en revanche les mauvais penchants de la mondialisation, notamment à travers le très beau personnage du Sans-visage, soumis à la folie après avoir adopté les codes institués par Yubaba (l’argent est roi).

levoyagedechihiro04Miyazaki continue sur sa lancée en édifiant un film sur la nature des êtres. Le « Connais toi toi même » propre à Socrate s’y appliquerait à merveille. Les idées affluent, toutes plus incroyables les unes que les autres (l’idée du prénom que l’on vole et que le détenteur finit par oublier, perdant ainsi sa liberté). Il en va de même pour la mise en scène. Retenons notamment cette merveilleuse séquence du train où seule Chihiro semble nette alors qu’autour d’elle tout disparaît. Le Voyage de Chihiro est bel et bien un film sensationnel qui fait appel à des émotions diverses tout en proposant un véritable regard sur la société actuelle. Miyazaki s'appuie sur une certaine mélancolie propre aux légendes et aux traditions orientales qui confère au film une atmosphère exotique tout à fait envoutante. Un bain régénérant extrêmement efficace. Un chef d’œuvre, tout simplement.

Posté par twain81 à 18:47 - MIYAZAKI Hayao - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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