La Lanterne

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28 août 2008

The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008)

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La Warner ne souffrira pas de la grève des scénaristes qui fit rage fin 2007 début 2008. Pour s’en convaincre suffit-il de contempler les scores de The Dark Knight au box-office américain. Si Batman n’a jamais été le super-héros préféré des français, la critique est unanime quant à la qualité de cet opus, tant et si bien qu’outre-Atlantique le film n’est désormais rien de moins que le succès de l’année 2008. Un beau carton plein. Du coup, pas de bol, c’est les amateurs d’Harry Potter qui trinquent. Les dirigeants de la Warner, fiers du succès de leur Batman, ont naturellement décidé de repousser la sortie du cinquième volet des aventures du jeune sorcier à l’été 2009. Batman est là pour renflouer les caisses en 2008, Harry Potter et le Prince de Sang-mêlé sera l’évènement cinéma de l’année suivante. Un point c’est tout, y’a pas à discuter. Mais pour l’heure, revenons sur The Dark Knight et l’engouement général qu’il suscita (notamment sur la blogosphère… certes, je suis un peu en retard mais bon…). On se souvient vaguement de Batman Begins dans lequel Nolan reprenait toute la série à zéro et lui conférait des valeurs bien plus sombres que ses prédécesseurs (par le talentueux Tim Burton et le piètre Schumacher). Cela dit, malgré le bienfondé de l’entreprise, son ton était décidemment trop sérieux, rendant le film peu convainquant dans son ensemble. The Dark Knight s’empêtre dans la même atmosphère mais, cette fois, arrive à convaincre. Gotham City connaît quelques moments de répit, la ville a trouvé un espoir en la personne du procureur Harvey Dent dont les actions ont permis de mettre sous verrou une bonne partie de la pègre. Cela dit, Batman agit toujours dans le but de faire régner la justice. Alors apparaît un bandit venu de nulle part qui vient relancer la donne : le Joker se glisse peu à peu à la tête de la pègre, lui confère de nouvelles valeurs et de nouveaux atouts, renversant la balance actuelle et semant dans Gotham une véritable zizanie.

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Avant toute autre chose, insistons sur le fait que The Dark Knight apporte de nouvelles lettres de noblesse au film de super-héros. Comme nous le disions plus haut, Nolan a choisi de développer son Batman dans un univers extrêmement sombre. Or cette caractéristique est traitée avec tant de sérieux que le film en devient réaliste. Dans Batman Begins, on pouvait en rire tant cette solennité apparaissait comme un trop-plein. Avec The Dark Knight il n’en est plus question. Le personnage même de Batman est loin d’être mis en valeur. Nolan l’humanise, le montrant très peu dans sa cachette secrète, préférant exhiber un Bruce Wayne se pavanant dans les soirées mondaines. La chauve-souris ne se prépare pas, elle agit. Il en va de même pour le Joker, jamais seul, uniquement visible lors de confrontations avec autrui. Ces héros, hors de toute normalité, ne sont « supers » en rien. Comme le joker le dit lui-même, ce sont des freaks, des monstres sortis d’on ne sait où qui n’existent finalement qu’en complémentarité, balance équitable pour le bon fonctionnement de la justice, et en contrepartie l’assurance de la terreur. Nous sommes loin du Spiderman de Sam Raimi, autre réussite du genre, mais sous inspiration beaucoup plus légère voire comique. Il en reste que même concernant la forme adoptée, Nolan remet en question tous les codes du film de super-héros. The Dark Knight dure deux heures et demi. Le cinéaste les écoule sur un rythme vif, alignant coup sur coup les scènes d’action. Pour résumer : une demi-heure de réflexions rhétoriques (certes indispensables) et deux heures de péripéties. Le scénario est extrêmement novateur, Nolan tamisant son sujet au maximum pour se concentrer sur l’essence de l’action, sans se préoccuper de l’introduire ou de la conclure. Fait rare pour ce genre de film : on demande au spectateur d’être actif et de faire lui-même les ponts entre telle et telle scène. Gageons que c’est en partie grâce à cela que The Dark Knight a su s’attirer les faveurs des plus fervents cinéphiles. 

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Mais venons en au fait ; The Dark Knight est certes un film d’action extrêmement efficace, mais il est surtout une allégorie politique tout à fait fascinante. Est-il un film qui jusqu’à présent aura été aussi représentatif de l’Amérique post-11 septembre ? A ma connaissance, non. Le Joker n’est rien de moins que la personnification même du terrorisme (ce que naturellement Tim Burton ne pouvait pas faire en son temps, d’où l’absurdité de vouloir comparer le jeu de Nicholson à celui de Ledger). Son trop-plein volontaire de maquillage fascine. Le Joker est bel et bien un freak, un monstre qui ne vit que pour perpétrer le chaos. La scène de braquage qui ouvre le film laisse entrevoir son machiavélisme. Il n’appartient pas à la pègre du passé, celle qui ne vivait que pour l’argent. Son truc à lui, c’est de perturber le système, dénoncer le mal fondé de l’académisme et des règles dans leur ensemble. Est-il esprit plus noir ? Heath Ledger lui confère ce qu’il faut d’inhumanité, agrémentant notamment ses expressions d’un tic animalier consistant à se passer régulièrement la langue sur ses cicatrices. Ajoutons à cela que le personnage n’a pas de passé. Improviser encore et toujours sur l’origine de ses blessures, tel est son hobbie. Ce n’est qu’une ombre. S’il est impossible de percer ses codes, the Joker by Heath Ledger est tout simplement formidable dans son expression du mal à l’état pur.

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Par ailleurs, est-il comic américain où la ville tient un rôle aussi important que dans Batman ? Gotham City et ses citoyens constituent l’un des points majeurs du film. Soumis au terrorisme, ils perdent les pédales. Où est le bien, où est le mal ? (interrogation à laquelle vient répondre la scène des ferrys). Les partisans du Joker sont partout, infiltrant notamment la police alors chargée de maintenir l’ordre général. Si le film s’ouvre dans l’optimisme, présentant Harvey Dent comme le sauveur de Gotham, tous les bienfondés finissent par s’écrouler entre les mains du Joker. Le procureur, finalement corrompu, deviendra Double-Face, monstre né sous influence du mal. Plus de règles, pour Dent, ce sera désormais au hasard de décider quant au devenir des individus qu’il croisera. Il incarne à lui-seul la désillusion, l’espoir déchu. Dès lors, l’action dont se charge Batman concernant Harvey Dent est de dissimuler ses desseins, tout simplement. Son sacrifice final, offert pour préserver une illusion d’espoir, évoque parfaitement le malaise transitoire dans lequel sont actuellement empêtrés les Etats-Unis. The Dark Knight est en soi une fresque contemporaine très suggestive. Le réalisme ambiant ne peut que soulever les interrogations et inquiéter davantage. Si Nolan patine un peu dans ses discours sur le bien et le mal, on avoue avoir été complètement sous le charme de ce film dont la réalisation égale cette fois-ci le scénario (et ce n’est pas peu dire). The Dark Knight ne faillit pas à sa (toute jeune) réputation, nous sommes bien face à l’un des monuments cinématographiques de 2008. Surtout à ne pas manquer !



12 août 2008

Le Prestige (Christopher Nolan, 2006)

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Hier Memento, demain The Dark knight. Voici ce que sont à ce jour les deux œuvres les plus connues de Christopher Nolan, cinéaste en puissance et grand adepte des scénarios tordus. En la matière, Le Prestige, sorti en 2006, est à considérer. L’histoire se déroule à Londres au début du XXème siècle où Robert Angier (Hugh Jackman) et Alfred Borden (Christian Bale) se révèlent être deux magiciens extrêmement prometteurs. Très vite s’installe entre eux une rivalité instiguée par la mort accidentelle de l’épouse d’Angier, ce dernier suspectant Borden d’avoir provoqué ledit accident. Depuis, tout n’est que coups bas entre l’un et l’autre. Et même si Angier mène sa carrière avec brio, il ne se fait pas à l’idée que son rival puisse surpasser son talent. S’en suit une quête sans fin, chasse aux secrets finalement plus sordide qu’elle n’en a l’air.

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Le Prestige est loin d’être inintéressant, même s’il fait partie de ces films dont le scénario est très largement supérieur à la mise en scène. Nolan prend des risques. En cinéma les images n’ont pas besoin d’être systématiquement explicites. Néanmoins, le spectateur, même s’il a été décidé à l’avance qu’il serait berné au final, aime à croire qu’il est toujours sur une piste. Dans Le Prestige, nous vacillons souvent en roue libre, les scènes s’ouvrant régulièrement sur des situations inexpliquées ou se terminant en queue de poisson. Tout est donc misé sur le grand final où les neurones, stimulés sur toute la longueur du film, peuvent enfin prendre un repos mérité. Enjeu risqué, donc, mais finalement rentable s’il en est que le spectateur aime toujours être berné. On regrettera simplement que Nolan, qui s’engage trop souvent dans des effets clipés, n’ait pas agi avec plus d’inventivité et d’élégance. Il en va ainsi, le mérite de son Prestige revient plus à ses qualités de scénariste que de metteur en scène.

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Cela dit, ce serait méconsidérer le film que d’ignorer son discours sur le monde du spectacle. Le cinéaste s’efforce de créer une distance quant aux personnages incarnés par Jackman et Bale. Si d’un premier abord, on se prend d’affection pour le premier, la haine qui l’anime finit par nous en détacher. L’autre disposant de peu d’attrait, notre intérêt finit par se porter sur le spectacle en lui-même et l’on s’en contente largement. Est-il besoin d’aimer le maître ? Non, on se suffit à admirer son talent. Nolan, dans une approche qui lui est certainement personnelle, montre comment l’artiste aime prendre son public dans les filets de l’illusion. Le reste lui importe peu si son travail, sa passion, sa vie trouve un accomplissement. En cela, les premières victimes sont les proches, et au premier rang les femmes. Face à la jouissance du créateur, il ira jusqu’à toucher du doigt la définition même de l’émerveillement du spectateur, victime heureuse d’une illusion dont il ignore les codes de fabrication. Si le propos n’est pas universel, il définit tout à fait une approche du cinéma propre à Nolan, par ailleurs tout autant attribuable à d’autres réalisateurs, de Georges Méliès à Steven Spielberg en passant par Georges Franju. Alors, si Le Prestige n’est pas l’œuvre la plus démonstrative du talent de Nolan, elle pourrait toutefois être la plus personnelle. Joli testament de dévotion à son public.

Posté par twain81 à 20:28 - NOLAN Christopher - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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