09 janvier 2009
Compte tenu de mon récent reconditionnement informatique, j'ai pris la décision de changer d'hébergement...
Désormais, retrouvez La Lanterne de twain81 à cette adresse :
http://lalanternedetwain81.over-blog.com/
avec en prime mon top 15 de l'année 2008 ;o)
07 décembre 2008
Les Mémoires de l'Aube
Je parle rarement de moi sur ce blog mais la publication sur Dailymotion d'un film réalisé l'an dernier est l'occasion idéale d'en révéler un peu plus...
Actuellement étudiant à l'ESEC, école de cinéma du 12e arrondissement de Paris, j'ai eu l'occasion de tourner l'an dernier en compagnie de sept collègues et amis, un court-métrage de fiction. Le thème imposé était "le mensonge". Le résultat a pour nom "Les Mémoires de l'Aube". Voyez plutôt.
LES MEMOIRES DE L'AUBE, 2008
Ecrit et réalisé par Ahuti ARYA, Eloi HUARD DE VERNEUIL, Jihwan KIM, Nicolas KUNC, Adeline LADOIS, Elsa PAYEN, Vincent QUENAULT et Olivier SWINEY
Avec Sean SINGERY, Karine VENTALON (http://karine-ventalon.over-blog.com/), Adrian CLARET, Jean TAUGOURDEAU
Musique originale de Camille GALINIER (http://www.myspace.com/camillegalinier)
24 novembre 2008
Chercheuses d'or de 1937 (Lloyd Bacon & Busby Berkeley, 1936)
Peu ou prou, les comédies musicales de l'âge d'or hollywoodien ont toutes le même impératif : sortir le spectateur du quotidien pour l'emporter dans un tourbillon de joie et de bonne humeur. Les Chercheuses d'or (1933, 1935 et 1937), films honteusement introuvables en DVDs en France (et tout aussi honteusement absents des salles) représentent la quintessence du genre. Les héroïnes sont systematiquement des jeunes artistes de music-hall à la recherche de travail, d'argent et d'amour. Mais l'on se ficherait presque de l'histoire. Un nom de maître figure au générique et sa seule présence nous suffit. Ce nom, c'est celui de Busby Berkeley, le chorégraphe le plus talentueux de toute l'histoire du cinéma. Pour vous donner un avant-goût de son génie visuel, voici un extrait de Chercheuses d'or de 1937 qui fut diffusé sur TCM dans la nuit de samedi à dimanche. En espérant qu'il vous emporte dans un tourbillon de joie, et vous fasse rêver à l'arrivée prochaine d'un coffret Berkeley en France.
20 novembre 2008
L'Échange (Clint Eastwood, 2008)

Si je n’ai pas écrit depuis un certain temps, je n’ai pas pour autant déserté les salles ni hésité à jeter un œil dans mes revues cinématographiques habituelles. Hébété, frustré, voire littéralement choqué de voir ce que ces gens de la presse, de même que ceux de la blogosphère, osent écrire sur le dernier Eastwood. « Mollasson », « faible », voire carrément « sans inspiration » ! Que ne faut-il pas lire ou entendre ! L’Echange surprendra certes sur certains points, et notamment ce choix de revenir sur un fait divers de la fin des années 20 (reconstitution oblige) après deux drames contemporains brillamment menés (Mystic River, Million Dollar Baby) et un diptyque guerrier pour le moins audacieux (Mémoires de nos pères, Lettres d’Iwo Jima). Mais la véritable surprise est ailleurs : elle réside dans le choix de l’interprète principal. Angelina Jolie, guerrière aux formes généreuses, jette son casque et enfile un tablier. Choix audacieux, personnage ambitieux, ça sent l’oscar à plein nez. Le moindre faux pas couterait cher à la jolie Angelina. Mais ce serait mal connaître Eastwood : des faux pas, dans L’Echange, il n’y en a guère.

Retour en 1928, donc, où Christine élève seule son fils Walter dans une banlieue paisible de Los Angeles. Mais voici qu’un jour, elle rentre du travail et le jeune garçon n’est pas là pour l’attendre. Prise de panique, elle cherche dans le quartier en vain avant d’appeler, en toute normalité, la police qui la prie d’ores et déjà de réitérer son appel, n’étant apte à intervenir que 24 heures après les faits. Quelques mois plus tard, on annonce enfin à Christine que son fils a été retrouvé. A la gare, elle ne reconnaît pourtant pas Walter. Suite à l’insistance des autorités qui prennent à parti son instinct maternel mis à l’épreuve de même que la soi-disant normale transformation physique du garçon, Christine se voit obligée de prendre le jeune rescapé sous son toit, pourtant convaincue qu’il n’est pas son fils. Réitérant sa demande à la police qui s’obstine à nier l’erreur, l’héroïne s’embourbe dans un cercle vicieux. Rapidement considéré comme folle par le capitaine Jones, elle est conduite à l’asile psychiatrique…

Je n’ai jamais caché tout le bien que je pense de Clint Eastwood (pour vous en assurer, cliquez ici). L’Echange n’est rien de moins que la symbiose des deux facettes de l’auteur : celle dite « classique » et l’autre, moins souvent démontrée, dite « moderne ». Eastwood développe son histoire de la fin des années 20 et en profite pour réviser les codes, principalement visuels, du classicisme hollywoodien. Angelina Jolie, au rouge à lèvres flamboyant et au chapeau exagérément bombé, en est l’exemple même. Clint Eastwood affiche son actrice comme une star de l’époque. Ainsi sa coquetterie légèrement exagérée rappelle les Bette Davis, les Joan Crawford, les Ingrid Bergman d’autrefois. Et au-delà de la simple apparence ressuscite un personnage d’un autre temps n’ayant guère connu, ne serait-ce que les principes mêmes de l’Actors Studio. Angelina Jolie est la faible, le capitaine Jones est le méchant, John Malkovich est le bon pasteur obstiné, le lieutenant Ybarra est le bon flic. Les personnages se résument à cela sans tomber pour autant dans la caricature. En résultent de parfaits vecteurs d’émotion. Car voila, Eastwood est de ces seuls cinéastes qui parviennent encore à provoquer de vrais sentiments. Qualité d’autant plus précieuse qu’il s’obstine à rester classique. On tremble face à l’injustice, on se révolte des blessures corporelles, on pleure de désespoir. La caméra, souvent distante, laisse évoluer les personnages dans le cadre. La bonté humaniste d’Eastwood prend le dessus, toujours cet irrépressible besoin de protéger les faibles et en particulier les enfants qui parcourent son œuvre, d’Un monde parfait à Mystic River. L’image est belle, toujours hésitante entre le noir et le blanc. Chaque mouvement est fluide et lourd de sens, faisant souvent penser aux films américains de Douglas Sirk ou de Max Ophüls. Bref, c’est beau, c’est bien fait. Que faire sinon penser et s’obstiner : le classicisme au cinéma n’est pas mort, et n’a pas le droit de disparaître !

Reste, comme on l’affirmait plus haut, le Eastwood moderne, brillant tout particulièrement dans le maniement de la trame. L’Echange est bien plus qu’un portrait de femme, c’est aussi un thriller, un mélodrame et un film de procès. Simplement, ces genres ne se mêlent pas mais se succèdent ; un peu à la manière de Minuit dans le jardin du bien et du mal (1997), à la différence simplement qu’ici tout s’enchaîne plus naturellement. Le scénario de J. Michael Straczynski marche par à-coups. Ainsi, lorsque son héroïne se trouve dans l’impasse, avant même de lui porter secours, Eastwood démarre son thriller, technique qui n’entachera en rien le mélo. Au bout du tunnel, plus qu’une critique acerbe sur la police à Los Angeles, on trouve un discours philosophique proche de celui de Mystic River et une parabole on-ne-peut-plus belle sur l’espoir. D’où le choix de laisser au spectateur la possibilité de croire à un destin vis-à-vis de Christine, contrairement à ce qui se passa dans la réalité. Outre son efficacité flagrante en tant que mélodrame, L’Echange doit ainsi être considéré comme un cri d’amour au cinéma et à l’espoir qu’il fait naître. Ainsi le générique défile sur fond de paysage urbain dans lequel on distingue un cinéma diffusant It happened one night, screwball comedy de Capra avec Clark Gable et Claudette Colbert qui ne peut que faire contraste avec l’ambiance du film qui alors se termine. Clint Eastwood est passé maître. On a beau analyser ses films, c’est toujours au moment de les voir et de les vivre qu’on les comprend le mieux. Le rêve pour tout cinéphile, alchimie parfaite entre art et spectacle, L’Echange est un chef d’œuvre.
Mea culpa
Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce blog a été quelque peu abandonné ces derniers-temps… Evitons les justifications hypocrites, plus qu’un manque de temps (quoique la déferlante de plusieurs bombes cinématographiques apparues depuis sur nos écrans aurait aisément pu justifier tout ce temps passé exclusivement dans les salles obscures), je fus fatalement pris d’un manque d’envie. Tragique, me direz-vous. Mais la flamme revient, et à nouveau mon esprit frétille à l’idée de reprendre la plume. De ce fait, pardonnez mon écartade, et revenons à nos moutons…
12 octobre 2008
Rumba (Dominique Abel / Fiona Gordon / Bruno Romy, 2008)

Peu de cinéastes marchent par trois. Dans le cas concernant Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy, les résultats ont toujours été relativement probants. Ils sont de ces artistes discrets, ceux qui affectionnent les burlesques américains et qui savent se satisfaire d’un bout de carton en guise de décor. Car voila, Rumba est un film cheap, caractéristique fatalement handicapante dès lors que les aspirations sont un tant soi peu réalistes. Si le trio de cinéastes n’est pas exempt de conscience sociale (d’après la théorie selon laquelle tout film est politique), là n’est pas leur souci premier. Abel, Gordon et Romy sont des saltimbanques, maniant le rire et les larmes à la manière de l’Auguste et du Pierrot. Rumba conte ainsi l’histoire d’un couple d’instituteurs. Elle enseigne l’anglais, lui l’éducation physique. Passionnés de rumba, ils participent régulièrement à des concours et accumulent les médailles d’or. Sur le retour de l’une de ces manifestations cantonales, ils manquent d’écraser un homme qui souhaitait mettre un terme à son existence. L’accident n’aura touché que le couple de danseurs. Lui a perdu la mémoire, elle une jambe. Les ennuis commencent, leur vie ne sera plus jamais la même.

Rumba est de ces petites perles qu’il faut aller dénicher dans les petites salles de cinéma art et essai. A peine plus d’une heure mais ô combien de fraîcheur ! Abel, Gordon et Romy sont les dignes héritiers belges de Jacques Tati et la preuve même que le burlesque a encore de beaux jours devant lui. Nous sommes dans le comique de situation, de répétition, de caractères et d’exagération. La réussite est d’avoir su réduire les dialogues au minimum. Dom et Fiona, les deux personnages principaux, sont des clowns mariant subtilement la comédie et la mélancolie. L’histoire est loin d’être drôle. Nous suivons pourtant ces deux éclopés avec le sourire tant les situations auxquels ils sont confrontés sont cocasses et filmées avec goût. Les plans sont simples, épurés quoique colorés et géométriques (Tati quand tu nous tiens). Sur tout cela se rajoute une humeur désillusionnée qui participe à la poésie ambiante. Les personnages ne sont pas gâtés, ainsi confrontés à un incendie peu après leur accident de voiture. Pourtant, nul besoin de psychologie. Le film se veut simple divertissement, et en cela imperméable aux mauvaises ondes. Maître mot : sourire.

Abel, Gordon et Romy sont des modestes à qui le cheap sied bien. Car même s’ils font du « petit » cinéma, ils le font avec cœur. Rumba, c’est le cirque et toutes ses couleurs qui rappliquent au cinéma. On rit avec entrain et l’on admire la beauté des cadres dans lesquels se meuvent nos deux héros exhibant avec tonicité et malice leurs pirouettes latines. Heureux de savoir qu’il existe encore des saltimbanques au cinéma. Chaplin s’en serait certainement réjoui.
29 septembre 2008
Gomorra (Matteo Garrone, 2008)

C’est un fait, le cinéma italien est dans une impasse. Le temps où leurs fictions faisaient le tour du monde est bel et bien révolu. Désormais, un seul moyen pour tirer son épingle du jeu : oser s’aventurer en politique. Comme on le sait, le festival de Cannes s’applique chaque année à refléter les prouesses cinématographiques de telle ou telle contrée. Si en 2007 l’Italie était littéralement absente de la compétition officielle, en 2008 elle revient en force avec deux films. Deux films que l’ont retrouve d’ailleurs au palmarès final : tout d’abord Il divo de Paolo Sorrentino, honoré d’un prix du jury (un choix discutable, voir ma critique ici) puis ce Gomorra qui fit main basse sur le grand prix (soit la plus grande distinction juste derrière la palme d’or remise cette année à Laurent Cantet pour Entre les murs). Matteo Garrone y prend pour cible la Camorra, ce réseau mafieu né dans les rues napolitaines il y a près de deux siècles et qui ne cesse de prendre de plus en plus de pouvoir sur le territoire italien. Au programme, un homme enrôlé dans le trafic de déchets, un courtier chargé de la paye, un enfant impliqué dans un règlement de comptes, un couturier menacé de trahison et enfin deux ados insouciants occupés à semer le trouble en terre mafieuse.

Les brèves minutes qui précèdent l’exposition du titre donnent le ton. Gomorra s’ouvre sur la silhouette d’un homme auréolé de néons bleus. S’il était quelque connotation christique ou futuriste, elle est démolie en quelques secondes. Une balle dans la tête. L’homme en question n’était qu’un mafieux grillant sous les UV. Garrone agira tel quel sur l’ensemble du film. L’action arrive par derrière, insoupçonnée, violente mais également insensible. L’entreprise consiste bien à rabaisser la mafia plus bas que terre en jouant la carte de l’irrévérence. En soi, le documentaire vient contrebalancer la fiction. L’Italie, et plus particulièrement Naples, pourrit progressivement sous l’influence de la Camorra. Garrone fait planer une tension sur les innocents. Les images pourraient tout à fait parvenir d’une caméra de sécurité. La Camorra sait tout et ose agir même dans l’incertitude. Tout italien semble avoir été mis sur écoute. Plus de liberté possible. Dans ce système pourtant traditionnaliste, même femmes et enfants sont concernés. Que règne alors la loi du plus fort : les victimes potentielles, comme Maria, traquées comme des nuisibles, n’ont pour solution que de se tapir dans l’ombre. Il n’est pas de mafia noble, simplement des brutes qui opèrent dans les rues. Les décisions de meurtres peuvent tout à fait être prises en banlieue, soit tout en bas de l’échelle sociale.

En soulignant l’omniprésence de la Camorra, qu’il en soit d’un important trafic de déchets ou d’un simple règlement de compte dans la rue, Garrone accuse également l’indifférence politique, policiers et gendarmes ne s’impliquant réellement que lorsqu’il y a meurtre de mineur. Le ton est faussement passif, conférant ainsi à Gomorra un intérêt certain. Derrière les images, le réalisateur pointe du doigt : les horreurs sont bel et bien là, près de vous. La Camorra assure la relève, recrutant dans les rues, à l’image du jeune Toto convaincu d’être devenu l’un des leurs le jour même où, pourvu d’un gilet pare-balle, on lui tira dessus. Il n’est plus d’innocence, plus de morale. A l’inverse, les gêneurs sont supprimés, tels ces deux ados perturbateurs auxquels ont a fait mine de confier une tâche importante pour mieux les supprimer comme des rats. L’Italie est une passoire, Naples un ghetto, la Camorra devenue incapturable. Pessimiste, Garrone se rend à l’évidence : il n’est plus d’espoir possible.
15 septembre 2008
Mamma Mia ! (Phyllida Lloyd, 2008)

Passionné de comédies musicales, fervent admirateur de Meryl Streep et loin d’être allergique au disco, c’est tout naturellement (et sans honte !) que je suis allé voir Mamma Mia !. Il a toujours été de tradition à Hollywood d’adapter les comédies musicales à succès, qu’elles viennent de Broadway ou d’ailleurs. A l’origine, Mamma Mia ! est un spectacle de nationalité anglaise écrit par la britannique Catherine Johnson et qui repose sur les plus gros succès du groupe suédois ABBA. Direction la Grèce et l’île de Kalokairi où Donna (Meryl Streep) dirige un charmant hôtel. Sa fille, Sophie (Amanda Seyfried) s’apprête à se marier et souhaite plus que tout que son père la conduise à l’autel. Seul souci : elle ne l’a jamais rencontré ! Pour connaître son identité, elle se faufile dans les affaires de sa mère et déniche son vieux journal intime. A l’arrivée, trois pères potentiels. Qu’à cela ne tienne, elle les invitera tous au mariage…

Avant d’aller plus loin, il est nécessaire d’accepter l’esthétique ultra-kitsch dont le film fait les frais. Rajoutez à cela que l’image est le cadet des soucis de la réalisatrice Phyllida Lloyd et vous êtes parés. OK, dans un premier temps ça reste en travers de la gorge, mais une fois la pilule avalée, plus de soucis, on est parti pour deux heures de folie. Car Mamma Mia nous réserve un flot de surprises (certes pas toujours bonnes mais surprises quand même). Côté positif, donc, on notera la jolie performance de Meryl Streep qui assure avec brio l’exercice qu’impose le genre (chant + danse). C’est dire, on en oublie qu’elle a dix ans de trop pour le rôle. En revanche, on ne sera pas aussi clément concernant son partenaire masculin incarné par Pierce Brosnan. Si d’un premier abord il peut sembler charmant, attendez qu’il pousse la chansonnette... On vous parlait de surprise, en voila une bonne : le Brosnan dévoile (certes à son insu mais bon…) un potentiel comique vraiment insoupçonné quand il donne de la voix. Cela dit, on pourra se montrer globalement déçu du casting concernant les trois papas potentiels, moins à la hauteur que les rôles secondaires, certainement engagés dans le seul but de balancer des vannes à tout va (ce en quoi Julie Waters et Christine Baranski excellent tout particulièrement). Ce serait pour sauver la mièvrerie des situations et la nullité générale du scénario que ça ne m’étonnerait pas. Car autre surprise : le script n’est que prétexte à pousser la chansonnette, et en conséquence, il frôle en permanence le naufrage.

Pourtant, l’idée de monter une comédie musicale sur les tubes d’ABBA est loin d’être mauvaise. À la réflexion, un réalisateur et un scénariste un tant soit peu compétents auraient pu en tirer des merveilles. Bien entendu, concernant la musique, tout est question de goût, si vous exécrez le groupe, je vous déconseille bien évidemment d’aller voir le film. En revanche, dans le cas où le disco serait votre tasse de thé, alors la magie opèrera sans doute et les premières notes de « Dancing Queen », « Gimme gimme » ou « Voulez vous » suffiront à vous dérider. Oui, Mamma Mia est de ces films qui fonctionnent à contre courant. L’image a beau être on-ne-peut plus laide, le scénario complètement incohérent et les chorégraphies d’une naïveté affligeante, on se surprend quand même à prendre du bon temps. C’est le comble, Mamma Mia vient prouver que même en cinéma, le ridicule ne tue pas. Qui l’eut crû ?
Ninotchka (Ernst Lubitsch, 1939)

« Garbo rit ! » fut le slogan publicitaire de Ninotchka, première comédie et avant-dernier film de l’actrice. Après avoir été la plus grande star du muet, Greta Garbo a su brillamment relancer sa carrière dans le cinéma parlant. Une prouesse à souligner tant à Hollywood l’apparition du son brisa les carrières de la majorité des acteurs, de Buster Keaton à Gloria Swanson en passant par Mary Pickford, Douglas Fairbanks et tant d'autres. Mais Garbo, elle, passa entre les mailles du filet tant son joli minois jamais ne cessa d’inspirer les cinéastes divers et variés. En tête de file une valeur plus que sure : Ernst Lubitsch, le roi de la comédie américaine. Garbo se glisse ici dans la peau d’un agent russe, Ninotchka de son prénom, venue surveiller le bon déroulement de la vente des bijoux de la Grande Duchesse Swana à Paris. Le Comte Léon (Melvyn Douglas), fidèle serviteur de la duchesse en question, s’éprend de Ninotchka au premier coup d’œil et s’efforce tant bien que mal de la séduire. L’affaire prend alors une nouvelle tournure…

Garbo et Lubitsch : on pouvait s’attendre à des étincelles, d’autant plus qu’en parcourant la liste des scénaristes on trouvait également le nom de Billy Wilder. Alors on en était persuadé, Ninotchka serait une valeur sure… et bien il n’en est rien, on en ressortira légèrement déçu. Pourtant, comme à son habitude, Lubitsch assure à la mise en scène en alignant les gags cocasses, notamment au début alors que Garbo est absente et que l’intrigue nous est dévoilée par ses prédécesseurs, trois camarades russes qui se laissent gagner par les bienfaits du capitalisme. Une fois tous les éléments mis en place, Garbo fait son apparition, impeccable en agent russe impassible, intelligente et intransigeante. Les subterfuges opérées par Melvyn Douglas pour la séduire sont tordants : lui si romantique, elle si sévère, le mélange prend tout de suite. Alors advient le problème du rythme. Car cette Garbo soviétique, caricaturale à souhait, est exploitée bien trop longtemps. Il en sera de même lorsque ses préceptes s’inverseront. Une fois sous le charme du comte Léon et convertie aux mœurs capitalistes, le personnage perdra en impassibilité et se trouvera soumis là où initialement il dominait. Dommage car dès lors, Garbo laisse échapper son potentiel comique et s'engonce dans un ton romanesque bien trop convenu. A l’arrivée, peu de consistance. Fatalement, notre enthousiasme s’effiloche. Lubitsch étire le temps là où d’habitude il s’applique à l’économiser. En comédie, même lui le savait mieux que quiconque, ça ne pardonne pas.

Toutefois, si l’on est déçu de l’envolée lyrique du film, on ne peut que se réjouir de son ton et de ses dialogues souvent percutants. A noter que l'action se déroule en Europe et que jamais on n’y entend parler des Etats-Unis. Il en reste que la critique envers le communisme est bel et bien là. Le mode de pensée est caricaturé comme il se doit, certes par Garbo, mais surtout par ses trois compères toujours partant pour se laisser aller aux petits plaisirs prohibés. Sur cet aspect, le film est audacieux et pour le moins plaisant. Vraiment il est dommage qu’il patine de la sorte sur le plan narratif. A l’évidence, ce n’est pas le meilleur Lubitsch, ni le meilleur Garbo. A noter qu’un remake bien plus efficace a été réalisé par Rouben Mamoulian sous la forme d’une comédie musicale avec Fred Astaire et Cyd Charisse. Cet opus rebaptisé La Belle de Moscou (1957) est à mes yeux bien plus réussi que le Ninotchka original. Lubitsch aurait dû y penser : qui sait, peut-être « Garbo chante » aurait mieux fonctionné que « Garbo rit ».
14 septembre 2008
Jeremiah Johnson (Sydney Pollack, 1972)

Sans être l’un des cinéastes les plus inventifs de sa génération, Sydney Pollack, disparu récemment, signa quelques chefs-d’œuvre qui n’eurent guère de mal à gagner la postérité. Il était de ces réalisateurs qui préfèrent l’indigence des contrées sauvage au grand confort des studios. La nature fait partie intégrante de son œuvre et, en la matière, Jeremiah Johnson fait office de profession de foi : soit l’odyssée d’un homme dégouté de la civilisation qui s’exile dans les Montagnes Rocheuses pour y vivre en trappeur.

L’homme face à son destin. On en a vu des films à la Jeremiah Johnson, autant de parcours initiatiques ayant pour but de toucher du doigt la sagesse universelle via un passage par la nature et ses dangers. Cela dit, ils datent tous peu ou prou des années 90, le plus bel exemple étant certainement le Danse avec les loups de Costner. Toujours ce regard blasé sur la société, toujours ce besoin de solitude, toujours ces indiens qui rappliquent de ci de là. Le héros contemple et tâche de survivre ; après tout il n’a besoin de rien d’autre. Dans le genre, Pollack était donc un pionnier. Il traite ici brillamment de ce rapport qui lie l’homme à la nature. Robert Redford y trouve certainement l’un de ses plus grands rôles. Privé de dialogue, affublé d’un orphelin muet et d’une femme dont la langue diffère de la sienne, son jeu passe généralement par le regard. On ne peut être qu’étonné par l’expressivité dont il fait preuve. Il se met au service du metteur en scène, agréant son respect envers la nature. Pollack, quant à lui, opère une mise en scène discrète quoique tout à fait efficace. Il confère à Dame Nature un pouvoir souverain. Les paysages filmés en technicolor frôlent le sublime et n’en imposent que plus de respect. Le cinéaste laisse ainsi sa part de contemplation au spectateur : de ces montagnes découlent une sérénité sans nom, une religion sans limite ; bref, une renaissance totale.

Pollack ne semble avoir qu’une seule obsession : épurer au maximum. D’où l’apparente légèreté de la trame. La légende de Jeremiah Johnson ne repose finalement que sur le drame qui l’affecta lorsqu’une tribu indienne massacra sa femme et son fils adoptif. Si le début de l’intrigue repose sur l’initiation, la fin n’a pour but que d’illustrer la vengeance de Jeremiah et son obsession à vouloir supprimer tous les indiens ennemis qu’il rencontre sur son passage. On sent très nettement que Pollack est plus à l’aise dans la première partie que dans la seconde, les évènements s’y enchainant bien trop rapidement. Le discours est néanmoins clair comme de l’eau de roche : l’arrogance qu’incarne la civilisation aura eu raison de la sérénité du pionnier. Réduit à l’état animal, Johnson a désormais assimilé que dans la nature, tout repose sur la loi du plus fort. Si l’œuvre n’est pas toujours morale, elle sait pourtant se montrer réaliste. Pas de règle en pleine jungle, la destinée n’est en rien contrôlée. Pollack traite son héros à l’égal des indiens qu’il croise régulièrement. Tous confèrent de multiples codes à la nature, mais au final personne ne peut vraiment la comprendre. Arrive un moment où ce que l’on chérit s’évapore, et que tout est à recommencer. Pollack se recule pour mieux contempler son sujet : aussi cruelle soit-elle, la nature est plus que jamais souveraine.