31 mai 2009

La Pianiste (Michael Haneke, 2001)

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Les prix décernés au festival de Cannes à La Pianiste (2001) puis à Caché (2005) faisaient office de rattrapage face à l'injustice que connut le film le plus percutant de Michael Haneke jusqu'alors, soit Funny Games, reparti bredouille lors de l'édition 1997. Après obtention de la récompense suprême en cette année 2009 pour Le Ruban blanc, on constate qu'Haneke brille d'autant plus lorsqu'il s'exprime dans sa langue. Non pas que la mise en scène soit moins maîtrisée. Je remarque juste que l'âpreté de l'allemand sied bien mieux à l'austérité dont sont empreints tous ses films. Peut-être est-ce l'une des caractéristiques qui auraient justement aidés à la vraie réussite de La Pianiste. J'avais jadis découvert Haneke avec ce film, non sans enthousiasme.  À l'heure du constat de l'oeuvre globale du cinéaste autrichien, je réalise qu'il n'est pas de ses films majeurs...

Une heure durant, Haneke promène Erika, prof de piano névrosée, au rythme des sonates de Schubert qu'elle enseigne à ses élèves. Une tonalité à la fois rèche et vive s'impose dès les premières minutes du film. Cette quarantenaire répudiée par sa mère (Annie Girardot, très bien) au premier écart de conduite fascine très rapidement, d'autant plus qu'Haneke prend le risque d'adopter son point de vue. Erika pense, parle musique et pianote de la même manière : c'est une vieille fille acâriatre, antipathique, rigide au possible... et néanmoins fascinante aux yeux de certains, comme Walter, étudiant rencontré lors d'un récital privé dans un appartement bourgeois. La rencontre est d'ailleurs quasi-métaphysique, si tant est qu'elle a lieu dans un lieu et une ambiance tout droit sortis de l'univers de Maupassant. La retombée sera d'autant plus brutale que la prof tant aimée se révèle adepte de coupures vaginales et autres mutilations jouissives du même genre.

pianiste-2001-04-gCe portrait de femme moderne est parfaitement réussi en ce qu'Haneke ne cache rien de la noirceur du subconscient d'Erika. Isabelle Huppert porte le personnage de façon magistrale et livre ici l'une des interprétations les plus accomplies de sa carrière. En contrepoint, Magimel est tout aussi parfait, héros moderne chargé d'un bagage romantique complètement incompatible avec la femme convoitée. À noter également la jolie manière qu'a Haneke de s'appuyer sur la musique classique pour étoffer l'aura de ses personnages. Il aura suffit de voir Huppert puis Magimel jouer chacun de leur côté pour constater que chacun dispose d'un langage musical différent (qui de fait, aboutit sur deux visions divergentes du monde et de l'amour).

pianiste-2001-05-gOn regrettera que le film patine dans sa deuxième partie, dès lors qu'Erika et Walter consomment leur relation. La rectitude des personnages s'effrite, tant et si bien qu'on perd le fil de la pensée d'Erika dont la vision de l'amour s'avère bien trop complexe pour le spectateur. La romance se révèle rapidement impossible mais Haneke multiplie quand même les rencontres entre ses deux personnages. Il n'y a pourtant plus d'espoir, toute tentative est vouée à l'échec, sans doute aurait-il mieux vallu s'arrêter plus tôt. Reste à évoquer la toute fin, où l'on reste bien évidemment frustré, dans le mystère le plus complet quant au destin d'Erika, abandonnée à la frontière de la vie et de la mort. La pillule a du mal à passer, mais là c'est normal : ne l'oublions pas, nous sommes chez Haneke.

Posté par twain81 à 10:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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