cloverfield01On ne tarit pas d’éloges sur les séries américaines du moment. Desperate Housewives, Prison Break, Lost : autant d’exemples qui apportent à la télévision de grands moments de mise en scène. Donnez à leurs créateurs l’occasion de s’essayer au cinéma, vous ne serez pas déçus. Dernièrement on a pu constater les exploits de David Yates sur le dernier épisode d’Harry Potter (je maintiens que c’est l’un des opus les mieux adaptés de la saga) et surtout ceux de J.J. Abrams (producteur de Lost) sur le troisième volet de Mission Impossible. C’est le même homme qui est à la tête du projet Cloverfield, mis en scène par Matt Reeves, un autre réalisateur made in TV. Malgré un budget extrêmement faible pour un blockbuster américain, le film bénéficie d’une promotion très efficace (teasers chocs, intrigue tenue secrète, etc.). Et conformément à ce que l’on attendait de lui, Cloverfield arrache ! Dans un vaste appartement New-Yorkais, une fête d’adieu surprise est organisée pour Nick qui doit partir le lendemain occuper un poste important au Japon. Chargé d’immortaliser l’évènement, son ami Hub part à la chasse aux potins muni d’une caméra DV. C’est alors que la terre se met à trembler : une ombre dévastatrice plane sur Manhattan…   

cloverfield02Le premier quart d’heure du film est décisif puisqu’il met en place tous les éléments de l’intrigue et surtout initie à sa forme. Une fois passé la petite nausée d’usage, le parti pris caméra DV (le même que pour Le Projet Blair witch) fonctionne très bien dans cet esprit faussement documentaire (des bribes du film précédemment enregistré sur la cassette viennent parasiter et/ou accentuer le suspense). Le cadre est ainsi « sacrifié » au profit d’un scénario très solide qui invite au « faussement suggéré ». Les héros sont avant tout des victimes freinés en permanence dans leurs moyens d’action. Le choix d’un casting inconnu participe d’une banalisation des caractères, des gens simples auxquels le spectateur n’a aucun mal à s’identifier. Le suspense n’en est que plus fort. Cloverfield devrait d’ailleurs satisfaire tous les amateurs de films d’horreur en ce qu’il adopte ses codes du héros et de l’événementiel tout en révolutionnant le genre. La banale histoire d’amour entre Rob et Beth (affublée d’un sauvetage final légèrement abusif) se greffe dangereusement à l’intrigue sans pour autant altérer le suspense ambiant. Hormis cette petite boutade, force est de constater que l’intrigue de Cloverfield, axé quasi-uniquement sur la sensation de panique, demeure extrêmement efficace. Les effets spéciaux sont à couper le souffle. Matt Reeves en use pourtant avec parcimonie, arrivant à nous faire croire qu’une bombe peut en permanence nous tomber sur le ciboulot.   

cloverfield03Bien entendu, le choix d’un tel sujet n’est pas anodin dans les temps qui courent. Le 11 septembre est toujours là accompagné de toutes les phobies qui hantent en permanence l’américain moyen. New-York est la cible première, territoire-prison et garde-manger de tout monstre qui décide d’y établir son nid. Aucune issue. Le civil, aussi innocent soit-il, est tout simplement perdu. Les bribes de conversations captés par la DV (« C’est encore les terroristes ? », « Peut-être que le gouvernement a créé ça par erreur », etc.) nous soumettent à l’actualité tout en nous réorientant sur d’autres films venus alimenter le propos. Il en va ainsi de Godzilla comme de La Guerre des mondes ou de King-Kong. A savoir que l’individu perdu dans une telle situation, n’aura certainement jamais été traité aussi humainement qu’ici. C’est donc dans cette focalisation extrême de l’interne que le film de Matt Reeves nous semble novateur. N’hésitons pas à le répéter : Cloverfield arrache ! Jugez vous-même…