rec01Dès les premières minutes, un air de déjà-vu flotte dans l’air. Et pour cause, [Rec] use du même procédé que Cloverfield qu’on a pu découvrir en salles il y a de celà quelques mois : l’un des protagonistes y est chargé de filmer l’action, conférant au récit une atmosphère on ne peut plus réaliste. A savoir que le genre fut lancé en 1999 par un autre film d’horreur, Le Projet Blair Witch et sera repris très prochainement dans Diary of the dead signé par l’un des maîtres du genre, George A. Romero. Parallèlement, Brian De Palma a brillamment réadapté cette technique dans Redacted, son dernier film en date sur la guerre en Irak. A croire qu’un nouveau genre est en train de se créer, au plus près de la réalité, le cinéma du direct.

Angéla travaille pour la télévision locale où elle anime l’émission « Pendant que vous dormez ». Ce soir-là, accompagnée de son caméraman Pablo, elle suit les pompiers de garde dans leurs péripéties nocturnes. Rien de bien exaltant. La brigade l’emmène dans un immeuble où une vieille femme semble être en proie à une crise d’hystérie. Très vite, tous les résidents de l’immeuble se trouvent rassemblés au rez-de-chaussée. Les issues sont bloquées de l’extérieur et les occupants mis en quarantaine sans qu’on leur donne d’explication. Très vite, ils se rendent compte qu’un virus transmissible par la salive est en circulation parmi eux. Les habitants atteints deviennent des zombies et s’acharnent à mordre tout ce qui bouge, épris d’un besoin sanglant de contaminer à tout va.

rec02[Rec] donne tristement l’impression d’arriver après la bataille, surtout après le ravage provoqué par le très impressionnant Cloverfield. Là où ce dernier s’efforçait de rendre une image relativement propre, il n’en est rien pour cette expédition chez les pompiers qui part en live. Cette caractéristique donne bel et bien l’impression de « cinéma du direct » (d’autant plus qu’il s’agit d’une équipe télé), et participe au rendu très efficace de plusieurs moments de terreur, notamment sur le final où les non-contaminés se font rares et ouvrent porte sur porte dans une précipitation extrême pour assurer leurs arrières. Mais l’efficacité ne fait pas tout et [Rec] déçoit dans plusieurs autres domaines. Les amateurs comme les réfractaires au genre lui trouveront des défauts impardonnables. Il est vrai que mis à part le procédé de caméra subjective, rien n’est révolutionnaire. Le huis clos, la chasse à l’homme, la contamination par les zombies : on tombe carrément dans le vu et revu. Plus impardonnable encore, la deuxième couche du récit quasi-indispensable au genre, celle qui veut que des réalisateurs comme Romero méritent d’être qualifiés d’auteurs. Ici, elle est littéralement absente. Destiné à faire peur gratuitement, le récit de Plaza et Balaguero semble vide de tout discours politique ou social : erreur généralement fatale pour un film d'horreur.

rec03Malgré tout, la sortie en salles de [Rec] nous pousse au constat : le cinéma est bel et bien rentré dans la génération YouTube. Certes, il y a cet aspect sale et amateur qui rend les intentions des réalisateurs extrêmement crédibles, mais il y a aussi l’esprit de « cinéma du direct », celui qui hante les occidentaux depuis le 11 septembre : filmer les catastrophes jusqu’au bout et, quoi qu’il arrive, ne pas éteindre la caméra. Angéla va jusqu’à supplier Pedro : il doit absolument continuer à filmer quoi qu’il arrive ! Le plus étonnant est qu’on rentre facilement dans le jeu. A l’évidence, tout caméraman aussi idiot soit-il aurait depuis longtemps laissé tomber l'expérience pour en venir en aide aux autres, ou tout bonnement pour sauver plus facilement sa peau. Cela dit, élégante idée d’utiliser la caméra comme objet de survie dans les dernières minutes du film… [Rec] remplit donc son contrat sans pour autant révolutionner le genre. Au final, un divertissement juste honorable.