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Chaque film de Miyazaki est une effusion de couleurs, de références, de magie, de poésie, de subtilité, de rêve. Le maître de l’animation nippone ne se prive pas, il profite autant que possible des nouvelles technologies aptes à rendre ses films contemporains sans pour autant oublier de les nourrir de quelques valeurs universelles indispensables à tout dessin animé. Les réflexions de Miyazaki sont pourtant loin d’être naïves, nous avons bien affaire à un réalisateur qui propose un vrai point de vue.

Sophie a repris le magasin de chapeaux de son père et y mène une vie paisible, sans tristesse ni joie. Un jour, alors qu’elle se rend dans la boutique de sa sœur, elle croise le sorcier Hauru qui, malgré les terribles rumeurs qui courent à son égard, aidera la jeune fille à arriver à destination. Sophie tombe sous le charme. La sorcière des Landes, jalouse, ira à son encontre le soir même pour lui jeter un sort. La jeune femme se voit ainsi affublée d’une apparence de vieille dame. Sophie s’aventure dans les Landes à la recherche du château d’Hauru, espérant de tout cœur que le magicien puisse briser le sort qui pèse sur elle.

lechateauambulant02On peut très nettement diviser l’œuvre de Miyazaki en deux. Dans la première partie on retrouverait Kiki la petite sorcière, Porco Rosso et autres Totoros, soit des films qui prennent à parti un sujet simple et se contentent de palper l’essence poétique d’un sentiment (la culpabilité, le deuil, etc.). L’autre battant est plus spectaculaire et cinématographique en soi puisqu’il s’agit de fresques élaborées autour de scénarios riches en rebondissements et en références. Parmi elles se côtoient Nausicaa, Le Château dans le ciel ou encore Princesse Mononoke. Miyazaki est un auteur définitivement engagé, les films précédemment cités ayant d’ailleurs explicitement révélés ses aspérités écologiques. Le Château ambulant s’accorderait donc à la deuxième catégorie puisqu’il dispose d’un scénario extrêmement dense et prend pour sujet de fond une guerre meurtrière entre deux royaumes. Néanmoins, le propos est si simple lorsque Miyazaki se fond dans le quotidien de ses personnages qu’on serait tenté de rapprocher le film de Kiki et de Totoro. A croire que les deux battants d’une œuvre n’en forment ici plus qu’un. 

lechateauambulant03Si certains se saluent bien sagement dans des décors idylliques typés à l’alsacienne, il ne faut pas oublier que d’autres meurent en toile de fond. Le Zorro du jour s’appelle Hauru, un sorcier narcissique réputé cruel qui pourtant fait de son mieux pour satisfaire son entourage. Il en reste que malgré sa puissance, il manque de courage. Une lacune qui sera comblée lorsque Sophie entrera dans sa vie. Alors, Miyazaki laisse les devoirs d’Hauru en second plan pour se focaliser sur cette jeune fille devenue vieille dame. Le Château ambulant prend ici des allures de conte philosophique. L’héroïne est coincée dans le corps d’une vieille, condamnée à une apparence et une vie misérable. Parallèlement, son hôte ne croit qu’en la beauté. L’auteur s’attarde comme il se doit sur le niveau de sagesse de ses personnages, tous aptes à apprendre et à instruire, Mamie Sophie en tête.

lechateauambulant04Par ailleurs, la poésie Miyazakiesque atteint ici son paroxysme. Le Château ambulant épate et séduit ne serait-ce que par ses images féériques qui se mêlent à merveille à la musique flottante de Joe Hisaishi. Un monde comme seul le maître nippon est capable d’en créer. Et puis on se plaît à rentrer dans un quotidien simple, celui de Sophie qui fait le ménage dans un château. A cela s’ajoutent un parterre royal de personnages secondaires qui, de Calcifer à Marco, en passant par Navet et la sorcière des Landes, ne cessent d’émerveiller. Comme toujours chez Miyazaki, la déduction peine parfois à courir derrière les évènements, mais qu’importe ! Le Château ambulant est un dessin animé majestueux loin de n’être destiné qu’aux enfants. Un chef d’œuvre, encore un.