marieantoinette01C’est avec une vitesse hors du commun que Sofia Coppola a gagné sa notoriété. L’un après l’autre, Virgin Suicides et Lost in Translation, œuvres majeures au label « cinéma indépendant américain », ont séduit la critique comme le public. Par ailleurs, si l’incertitude est constante dans le cinéma de Sofia Coppola, ce n’est plus dans la forme qu’elle se révèle mais dans le fond. Avec Marie-Antoinette présenté au festival de Cannes 2006, Sofia joue dans la cour des grands en nous offrant sa propre vision de la reine la moins aimée des français…

Combien a-t-on pu voir de journaux titrer « Lost in Versailles » en parlant du nouveau film de Sofia Coppola ? S’il est vrai que l’aventure « Marie-Antoinette » se révèle être une entreprise lourde en budget face aux précédents travaux de la fifille a papa Francis, on peut affirmer en voyant le résultat que la petite Sofia s’est bien débrouillée en ce qui concerne la gestion de ce « blockbuster indépendant américain ». Faites péter les couleurs ! Du rose partout, coiffures plus hautes les unes que les autres, friandises dans tous les coins : l'univers de notre si mal-aimée reine de France semble surfait. Les premières images nous laissent douteux... "mouais, la petite Sofia se laisse envahir par l'excès hollywoodien"... Et puis retournement de situation : les scènes s'enchaînent pour nous replonger dans l'ambiance propre aux films de Miss Coppola. La plasticité des situations colle à la vision de la cinéaste. Décors et accessoires s'accordent à un effet choisi, une histoire structurée et un scénario moins léger qu'il en a l'air.

marieantoinette02Marie-Antoinette n’est pas le premier essai de Sofia Coppola à l’adaptation (Virgin Suicides était avant tout un roman de Jeffrey Eugenides). La cinéaste a su aborder intelligemment la biographie d’Antonia Fraser préférant s’en imprégner et s’en inspirer plutôt que l’adapter au sens strict du terme. Et il faut bien l’avouer (n’en déplaise à certains), le scénario porte non seulement l’empreinte de Sofia Coppola mais permet aussi à son œuvre de ne pas se casser la figure. Le film est un jeu de plateau dont le but est l’épanouissement de soi-même. Marie-Antoinette ne résume pas la vie d’un personnage historique mais raconte l’épanouissement d’une femme. Le point de vue impose des limites et finit par « amputer » l’Histoire avec un grand H. Le départ du château marquant la fin de l’épanouissement de la reine, il marque aussi la fin du film et prive le spectateur de la mort dramatique de Marie-Antoinette. Certains accuseront Sofia Coppola de manquer de courage. Pour elle, le contrat est rempli, sa vision est sur la pellicule, aller plus loin serait déplacé.

marieantoinette04Dommage de savoir que la reine aura la tête tranchée lorsqu'on réalise le temps qu'elle a mis pour réconcilier son corps et son esprit. Marie-Antoinette est un grand « jeu des apparences ». L’héroïne est à la fois une jeune fille qui pleure lorsqu’on lui enlève son chien mais c’est aussi la première dame de France. Perdue dans la gloire versaillaise, elle se laisse envoûter par le luxe et se soumet à cet univers qui finalement ne lui ressemble pas. Autour d’elle, des hommes dominants et des femmes enfermées dans des principes, certaines se battant à leur manière pour survivre dans ce monde illusoire (comme la provocante Du Barry, maîtresse du roi interprétée avec brio par Asia Argento). Privée de toute intimité, sa vie est un théâtre auquel les dames de la cour sont les spectatrices. Ses privilèges sont handicapants et la jeune femme, incapable d’émoustiller un tant soi peu son frigide époux sous les draps, perd peu à peu la notoriété que lui donnait la cour alors même que le peuple se plaint de plus en plus du royaume et de ses souverains. La parallèle se confirme dans la rencontre entre reine et peuple (certes furtive mais néanmoins présente, Sofia Coppola nous offrant cette belle scène où Marie-Antoinette, sur un balcon et donc au-dessus de tous, s’incline devant le peuple). Car avant tout, la reine est un être humain, une femme comme les autres.

marieantoinette03Un être qui se noie dans le luxe sans même être capable de s’enfermer dans une bulle. Sa bulle a elle n’est que bulle de champagne. Fatiguée de ne pouvoir donner ce qu’on lui demande, Marie-Antoinette s’enivre et prend de l’assurance lorsqu’elle découvre le désir. Elle explose malgré elle et se laisse aller à toutes les joies de l’adolescence. Ne se privant de rien, elle grandit sans s’épanouir dans un univers qui ne lui ressemble pas. La lumière est vive, les décors sont roses et pourtant Marie-Antoinette est grise. Histoire d’une femme soumise à un système.