deuxsoeurspourunroi01Deux sœurs pour un roi attire l’attention par son sujet, purement historique et à des années lumières de ce qu’Hollywood nous fournit depuis quelques temps. Et pour cause, le film est britannique, comme le fut il y a quelques années le (trop) largement oscarisé Shakespeare in love. En revanche, l’argument de choix est typiquement américain puisqu’il repose sur un casting féminin magistral : les deux actrices certainement les plus en vogue outre Atlantique sont réunies, à savoir Scarlett Johansson et Natalie Portman. Avec un goût modérément prononcé pour l’édulcoration, le réalisateur Justin Chadwick (dont le passé est strictement télévisuel) nous propose sa vision des rapports fougueux entretenus par Henri VIII avec les fameuses sœurs Boleyn, et le sort qu’il en couta à l’Angleterre, amenée à rompre avec l’église catholique.

deuxsoeurspourunroi02On le disait plus haut, l’argument majeur de Deux sœurs pour un roi est le duo que forment ses deux actrices principales. La blonde et la brune. Chadwick pose très vite les bases fondatrices de sa narration : la course au pouvoir et la mise en jeu de deux destins qu’on devine d’ores et déjà confrontés et condamnés. L’entreprise implique nombre de rebondissements, et avouons que de ce côté-là, notre soif est largement satisfaite. On se délecte de voir les personnages ainsi malmenés : ils se fâchent, se réconcilient, partent, reviennent, couchent, accouchent. Corps et âmes n’ont droit à aucun répit, comme dans tout bon drame avide de faire pleurer dans les chaumières. Oui, Chadwick remplit dûment son contrat, et après tout, pour ce genre de production, c’en est suffisant pour être qualifié d’honorable : le spectateur en a pour son argent, ce qui est déjà pas mal.

deuxsoeurspourunroi03Sur les intentions allant au-delà de la simple facture, en revanche, on a de quoi être légèrement déçus. Certes, on retiendra le point de vue très féministe adopté par Chadwick qui fait d’Henri VIII (Eric Bana) un salaud de première agissant au gré de ses pulsions sexuelles. Les femmes, quand bien même elles rêvent de pouvoir (à l’image d’Anne Boleyn), demeureront toujours malheureuses car délaissées. Toutes les figures du film en pâtissent, de la reine outrageusement congédiée (Ana Torrent) à la mère condamnée au spectacle du sacrifice de ses filles (extraordinaire Kristin Scott-Thomas), de la sœur aimée devenue catin, à la désirée devenue sorcière. Chadwick se délecte à façonner ses deux actrices de manière à en faire des êtres torturés car passionnés. Certes, une fois le message passé il ne reste plus grand chose. Pour ce qui est de la légitimité historique, elle semble peu ou prou respectée sans que nous nous en souciions particulièrement (ce qui, après tout, est la preuve d’un scénario relativement solide). On l’admet : dans son genre, Deux sœurs pour un roi est un divertissement tout à fait respectable. C’est toujours bon à prendre.