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Avant d’être proclamé analyste des milieux aisés de la capitale (Les Choses de la vie, Un cœur en hiver, etc.), Claude Sautet s’est lancé de plein pied dans le film policier, apportant au genre de nouvelles lettres de noblesse. A la différence d’un Jean-Pierre Melville dont le style se veut froid et hautain, il propose une vision généreuse et bienveillante d’une société de marginaux évoluant dans de pittoresques décors de banlieue. Max et les ferrailleurs en est certainement l’exemple le plus brillant. L’histoire est celle de Max, un officier de police intransigeant qui a pour obsession d’arrêter les malfaiteurs en flagrant délit. Il rencontre Abel, un ami perdu de vue depuis longtemps qui vit à Nanterre et gagne sa vie comme ferrailleur avec toute sa petite bande. Par l’intermédiaire de Lily, prostituée d’origine allemande et amie d’Abel, il se fait passer pour un banquier et incite les ferrailleurs à attaquer son propre établissement.

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S’il est bienveillant envers les « opprimés », Max et les ferrailleurs n’est pas non plus un film anti policier. Il s’agit plutôt de l’histoire d’un paranoïaque obsédé à l’idée des flagrants délits et qui en viendra à user de sa fortune personnelle pour coincer de pauvres innocents. Le genre est ainsi agrémenté d’une couche psychologique et sociale. D’une part, Sautet s’applique à construire des personnages profonds, qu’il en soit des rôles principaux comme secondaires. Et dans un second temps, il prend plaisir à capter les instants de vie propres aux marginaux, insistant sur l’euphorie du café dans lequel ils se réunissent tous les soirs avec un sens du cadre qui n’est pas sans rappeler les tableaux impressionnistes d’Auguste Renoir. De ce fait, le spectateur prend inévitablement le parti des ferrailleurs, menés en bateau de bout en bout par Max dont le plan est aussi machiavélique que parfait. Piccoli incarne à merveille cet homme strict et sévère, en apparence protégé de tous les remords du monde. Son plan opère via la manipulation de Lily, la prostituée amie d’Abel. Romy Schneider est parfaite, jouant un jeu à l’opposé de celui de Piccoli : elle est enjouée, extravertie, à fleur de peau. Si l’on ne devine jamais les pensées de Max, il suffit d’un regard pour comprendre quels sont les sentiments de Lily. Sautet fait preuve d’une direction d’acteurs impeccable, le couple fonctionnant à tout va dans la complémentarité.

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Mais là où Sautet surprend le plus, c’est avec son scénario. Rarement un film policier ne nous aura paru aussi limpide de bout en bout. Finalement, le récit dispose de peu de rebondissements et de quasiment aucun suspense. Pourtant, on ne se lasse pas d’assister au jeu de Max, personnage maléfique, intelligent et manipulateur vis-à-vis de Lily, l’innocente victime. Comme toujours, Sautet fait preuve d’une mise en scène très propre, mesurée, efficace et plaisante. On remarquera son astuce ingénieuse de présentation des personnages et de leur back-story en voix-off sur quelques images caractéristiques. Le cinéaste contourne ainsi le piège fatidique du « trop plein » de personnages qui courent généralement dans les films policiers en nous familiarisant le plus possible avec eux d’entrée de jeu. L’œuvre esquive tous les dangers du film de genre bateau à la française et c’est en cela que Sautet réussit son coup. Le film n’a pas vieilli (excepté pour sa photo extrêmement sale) et nous avons encore toutes les raisons de croire à la tragique histoire de Max. A voir.