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Ô surprise ! Parmi les quelques films que j’ai eu l’occasion de voir à Cannes se trouvait la Palme d’or ! Qui l’eut cru ? Certes, on ressort assez réjouit du dernier Cantet, Entre les murs, annoncé en compétition à la toute dernière minute ; pour autant le film méritait-il vraiment d’accéder à la première marche du podium ? Exit les Eastwood, Khoo, Dardenne et Gray que l’on disait pourtant exceptionnels. Cannes fait enfin honneur à un film français, vingt-et-un ans après Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat.

Difficile de définir Entre les murs, disons tout simplement qu’il s’agit d’une fiction aux allures de documentaire. François Bégaudeau en est l’instigateur, le sujet, le scénariste et le héros. Pour autant, nous avons bien affaire à un film de Laurent Cantet. Une histoire tout à fait commune, voire un simple compromis : l’année scolaire d’une classe de 4e en cours de français.

entrelesmurs02Alors que les premières images défilent, on repense à ces rares films qui ont eu l’audace de prendre l’école pour sujet. Deux bons exemples nous viennent en tête : Être et avoir de Nicolas Philibert et L’Esquive d’Abdellatif Kechiche. Pourtant, Entre les murs est différent. Déjà, parce que sa vocation n’est pas à tendance documentaire comme ce fut le cas pour le film de Philibert. Et puis, parce que ce n’est pas non plus une vraie fiction comme le Kechiche, même si ce dernier a aussi pour coutume de peindre les frasques de notre société. Entre les murs tend vers un esprit bien plus populaire. Un tel sujet ne devrait d’ailleurs avoir aucun mal à remplir les salles de ciné en octobre prochain. La photo de classe qui réunissait tous ces collégiens lors de la clôture au palais des festivals était belle à voir. Au moyen de sa caméra, Cantet les a tous effleurés, se gardant de négliger aucun individu, chacun faisant partie de l’immense miroir social qu’il s’est appliqué à mettre en place. Le spectateur s’installe auprès d’eux, et évolue avec passion à leurs côtés.

entrelesmurs03Le titre ne ment pas, tout se passe « entre les murs », dans un collège du XXème arrondissement de Paris. Dès lors, Cantet s’en tient au simple rapport entretenu entre un prof et ses élèves. Stipulons que la matière en question est le français et que la langue tient un rôle particulièrement important au cœur du film, de simples nuances lâchées à brule-pourpoint en plein conseil de classe pouvant entraîner contre toute attente de fatals rebondissements. Cantet se dandine sous l’épée de Damoclès. Son sujet n’est plus simplement l’école mais l’éducation nationale. Le prof, incarné avec authenticité par François Bégaudeau, est attachant au possible. Ce n’est pas un personnage de fiction mais un homme, un enseignant, un bon qui-plus-est. Nous assistons à sa désillusion. Si au départ il exhibe des aspirations ouvertement sociales, par la force des choses il en viendra à bousculer les valeurs éducatives qu’il professait. Entre les murs, certes on apprend, mais surtout on se construit. Chaque élément de cette classe de 4e fait valoir son identité par ses qualités, ses défauts, ses faiblesses et ses prises de position. Personne n’est laissé pour compte, pas même les paumés, ceux qui à la fin de l’année pleurent en cachette car ils ont la sensation de n’avoir rien appris.

entrelesmurs04Evidemment, XXème arrondissement oblige, on en vient à parler immigration. Cantet aborde le sujet avec subtilité, instaurant un enrichissant dialogue des cultures qui touche sans complaisance et avec vérité au quotidien. C’est de là que les émotions affleurent, qu’il en soit du remords face à un Souleymane perturbé ou de la jubilation en retour à une Esméralda délicieusement insolente. Si la vie, dans ce collège Dolto, peut paraître bien grise, Cantet ne noircit pas le tableau pour autant. Bien au contraire, choisir pour sujet un personnage aussi humain que ce prof de français nous donne foi en l’éducation. Et c’est de toute évidence cette foi qui valut à Cantet le coup de cœur final de ce festival (il n’a été présenté que la veille du palmarès). Le sujet n’est alors plus aussi français qu’il ne semblait l’être, Cantet touche désormais à l’universalité. Une palme d’or joliment méritée.